Réseaux Foccart

Les réseaux Foccart désignent l’ensemble des circuits d’influence construits autour de Jacques Foccart (1913-1997), conseiller de l’ombre du général de Gaulle puis de Georges Pompidou.

Origine

Résistant de la Seconde Guerre mondiale, Foccart devient en 1960 secrétaire général aux affaires africaines et malgaches. Il met en place un système parallèle de diplomatie et de renseignement destiné à maintenir l’influence française dans ses anciennes colonies, malgré les indépendances.

Fonctionnement

  • Appui sur des hommes de confiance (militaires, conseillers, intermédiaires africains et français).
  • Accords économiques privilégiés (pétrole, uranium, forêts, infrastructures).
  • Relations directes avec les présidents africains, souvent en dehors des circuits du Quai d’Orsay.
  • Utilisation des grandes entreprises françaises (Elf, Bouygues, Bolloré, etc.) comme relais d’influence.

Transformation sous Chirac et Sarkozy

  • Jacques Chirac rappelle Foccart à l’Élysée dans les années 1990. Il s’appuie sur lui pour réorganiser les services secrets français, renforçant le lien entre diplomatie parallèle, renseignement et réseaux privés.
  • Sous Nicolas Sarkozy, ce processus s’achève avec la disparition des Renseignements Généraux et la fusion au sein de la DCRI (ancêtre de la DGSI). Cela marque un basculement :
    • la logique Foccart devient une logique d’État ;
    • certaines pratiques mafieuses sont intégrées comme outils politiques légitimes (“raison d’État”);
    • l’armée et les grands corps d’ingénierie (X, Ponts, Mines, ENA) servent de passerelles entre pouvoir exécutif, milieux économiques et réseaux occultes.

Controverses

  • Soutien à des régimes autoritaires en échange d’avantages économiques.
  • Participation indirecte à des coups d’État, assassinats politiques et manipulations électorales en Afrique.
  • Utilisation des réseaux pour financer la vie politique française.
  • Rôle de l’Église : souvent utilisée comme “mise au vert” pour certains acteurs, offrant des couvertures discrètes et une légitimité morale à des pratiques douteuses.

Héritage

Aujourd’hui, le terme « réseaux Foccart » est élargi pour désigner la Françafrique et, plus largement, l’ensemble des systèmes où l’État français organise ou tolère des crimes d’État au nom de la stratégie et de la souveraineté, alors qu’en réalité ces pratiques favorisent une minorité politico-industrielle.

Dans le contexte actuel

Les réseaux Foccart illustrent comment une culture du secret et de l’impunité a fragilisé non seulement l’Afrique mais aussi la France elle-même. Le modèle appliqué en Afrique – dépendance économique, contrats opaques, relais privés – s’est transposé à la gestion de nos propres ressources (forêts, mines, énergie). Cette continuité explique en partie la perte progressive de souveraineté française, masquée sous le terme de “raison d’État”.

Réseaux Foccart et Polytechnique

L’un des aspects les plus méconnus des réseaux Foccart est leur ancrage dans les grandes écoles françaises, en particulier l’École polytechnique (X).

  • Double casquette militaire et technique : l’X forme à la fois des ingénieurs civils de haut niveau et des officiers militaires. Cette hybridité a servi les réseaux Foccart, qui avaient besoin d’hommes capables de gérer aussi bien des dossiers industriels (infrastructures, énergie, mines) que des opérations sensibles (logistique militaire, sécurité présidentielle, renseignement).
  • Passerelle entre État et privé : beaucoup de polytechniciens rejoignaient ensuite les grands corps d’État (Mines, Ponts, Armement), qui travaillaient en étroite relation avec l’Élysée et les entreprises liées à la Françafrique (Elf, Bouygues, Bolloré). Ce système assurait une continuité discrète entre la décision politique, l’exécution administrative et la rente économique.
  • Couverture morale et technique : la formation scientifique et le prestige de l’X servaient de couverture honorable à des pratiques contestables (contrats opaques, manipulations, coups d’État en Afrique). Les polytechniciens étaient perçus comme des “hommes sérieux”, ce qui masquait la réalité des opérations.
  • Lignée Chirac – Sarkozy : en rappelant Foccart à l’Élysée, Chirac a consolidé ce modèle. Sarkozy, en supprimant les RG et en fusionnant les services de renseignement, a institutionnalisé le système, intégrant encore plus les X et les grands corps dans la gestion des affaires occultes, avec une normalisation du crime d’État.

👉 Concrètement, les réseaux Foccart et Polytechnique montrent comment la France a transformé une partie de son élite scientifique et militaire en instruments d’une gouvernance parallèle, où la souveraineté est sacrifiée à des logiques de clans et d’intérêts privés, souvent étrangers.

Frise chronologique Foccart – Polytechnique – Crime d’État

1958 – Fondation de la Ve République

  • Charles de Gaulle rappelle Jacques Foccart pour structurer la Cellule africaine de l’Élysée.
  • Objectif : garder la main sur les colonies devenues indépendantes.
  • Début du système Françafrique → réseaux secrets, coups d’État, financements occultes.

1960s – Les X dans l’ombre

  • Polytechniciens intégrés dans les grands corps (Mines, Ponts, Armement).
  • Rôle : piloter infrastructures, énergie, armement, tout en servant de relais discrets dans les opérations africaines.
  • Couverture “technique” pour des pratiques politiques et mafieuses.

1974 – Pompidou → Giscard

  • Foccart officiellement écarté.
  • Mais ses réseaux persistent via l’armée, l’Elf, et les services secrets.
  • Les X assurent la continuité technique.

1981 – Mitterrand

  • Affaiblissement officiel des réseaux → apparition d’une mafia parallèle, souvent liée à la DGSE.
  • Maintien du système par des hommes de l’ombre formés dans les grandes écoles.

1995 – Chirac rappelle Foccart

  • Retour en force de la cellule africaine.
  • Chirac institutionnalise le crime d’État avec une légitimité républicaine.
  • Polytechniciens intégrés dans la gouvernance de la Françafrique, armée + ingénierie + énergie (Elf, Total, Bouygues).

2002 – Raffarin / Villepin

  • Continuité des pratiques → influence accrue des grands corps dans les choix économiques et militaires.

2007 – Sarkozy

  • Suppression des Renseignements Généraux (RG).
  • Fusion des services de renseignement (création de la DCRI → DGSI).
  • Résultat : opacité accrue et normalisation du crime d’État sous une couverture légale.
  • Les X et les cabinets de conseil (McKinsey, Accenture) s’imbriquent dans l’appareil d’État.

2012 – Hollande

  • Maintien de l’héritage Sarkozy.
  • Politique africaine en continuité : interventions militaires (Mali, Centrafrique) couvertes par des justifications officielles.

2017 – Macron

  • Issu des grandes écoles et marié à Brigitte (prof de l’élite).
  • Symbole du système grandes écoles + réseaux privés + influence étrangère.
  • L’État devient une start-up, piloté par des technocrates influençables (X, ENA, McKinsey).
  • Héritage direct du système Foccart modernisé.

👉 Conclusion :

  • Le système Foccart est passé d’un réseau occulte gaulliste à une normalisation institutionnelle.
  • Les Polytechniciens (X) et les grands corps en ont été le bras technique et moral, donnant une façade respectable.
  • Résultat : affaiblissement de la souveraineté française, captation par des intérêts privés, souvent étrangers.