Gaullisme

Le faux gaullisme des réseaux Foccart : de l’indépendance à l’auto-destruction

Le gaullisme originel, tel que pensé par le général de Gaulle, reposait sur trois piliers :

  1. Indépendance nationale – refuser l’alignement automatique sur les grandes puissances (États-Unis, URSS).
  2. Souveraineté stratégique – conserver le contrôle du nucléaire, de la monnaie, de l’armée, et des ressources naturelles.
  3. Universalité – projeter une France indépendante comme modèle d’équilibre et de médiation dans le monde.

Jacques Foccart, conseiller de de Gaulle et stratège de l’Élysée, a mis en place dès les années 1960 un système parallèle de réseaux en Afrique et en France. Objectif : garder l’influence française dans ses anciennes colonies et maintenir une autonomie face aux Américains et aux Soviétiques.
Ces réseaux, mêlant politique, armée, services secrets et entreprises, étaient discrets, parfois opaques, souvent violents.

Aujourd’hui, le mot “gaullisme” est régulièrement brandi par des responsables politiques de tous bords. Mais ce “gaullisme” n’est plus qu’un paravent idéologique :

  • On invoque de Gaulle tout en privatisant les fleurons nationaux (Électricité de France, autoroutes, infrastructures).
  • On se réclame de l’indépendance tout en ouvrant la porte à McKinsey et aux cabinets anglo-saxons pour piloter les réformes de l’État.
  • On parle de souveraineté, mais les décisions stratégiques (énergie, armement, ressources minières) sont dictées par Bruxelles, Washington ou Pékin.

Les réseaux hérités de Foccart se voulaient farouchement anti-américains. Pourtant, la perte d’indépendance réelle a inversé le rapport de force :

  • Les élites françaises, formées dans les grandes écoles (ENA, Polytechnique), sont devenues vulnérables à l’influence étrangère.
  • Le “gaullisme” est devenu un masque derrière lequel s’opèrent des choix alignés sur Washington et Wall Street, voire sur les capitaux chinois.
  • Résultat : une France schizophrène, qui parle d’indépendance mais agit en sous-traitant sa souveraineté.

Cette contradiction a un coût :

  • Économique : explosion de la dette, dépendance énergétique, perte des filières stratégiques (bois, mines, forêts, industries).
  • Social : résignation, paupérisation, désespoir, montée du sentiment d’abandon.
  • Politique : un peuple de plus en plus méfiant, qui ne croit plus au récit national, pendant que les élites se protègent dans leurs cercles fermés.

Les réseaux Foccart ont détourné le gaullisme de son sens premier. Ils en ont fait une arme de pouvoir, un mot creux, un bouclier rhétorique pour justifier des politiques qui servent une minorité et affaiblissent la nation.
Le “gaullisme” était un projet d’indépendance et de grandeur. Son avatar actuel n’est qu’un masque derrière lequel se joue une lente auto-destruction de la France et des Français.

  • 1958 – Retour au pouvoir du général de Gaulle, création de la Ve République. Mise en avant de l’indépendance nationale (nucléaire, armée, franc).
  • 1965 – Jacques Foccart structure ses réseaux africains (la “Françafrique”). Les services secrets deviennent un outil parallèle du pouvoir.
  • 1974 – Mort de de Gaulle quelques années plus tôt, arrivée de Valéry Giscard d’Estaing. Début du recul de l’indépendance monétaire (préparation du serpent monétaire européen).
  • 1995 – Jacques Chirac rappelle Jacques Foccart à l’Élysée. Transformation des services secrets, marginalisation progressive des Renseignements généraux.
  • 2008 – Nicolas Sarkozy supprime les Renseignements généraux et réforme la DGSE/DCRI. Ouverture plus large à l’influence américaine, notamment via les cabinets privés.
  • 2012 – Sous Sarkozy puis Hollande : refonte du code forestier, rural, minier et militaire. Mise en place des conditions légales de la privatisation des ressources et de l’affaiblissement de la souveraineté.
  • 2020–2025 – Le mot “gaullisme” est récupéré comme élément de langage par toutes les familles politiques, mais vidé de son contenu : la dette explose, EDF/Dalkia se tournent vers l’international, et la souveraineté énergétique et industrielle s’effondre.
Gaullisme originel (1958–1970)Réseaux Foccart & dévoiement (1970–2000)Situation actuelle (2000–2025)
Indépendance nationale : sortie du commandement intégré de l’OTAN (1966).Maintien d’une autonomie via la “Françafrique” (contrôle des matières premières, relais politiques africains).Réintégration dans le commandement de l’OTAN (2009), alignement stratégique sur les USA.
Souveraineté économique : planification, État stratège, nucléaire civil et militaire français.Début des privatisations (années 1980–1990), endettement et dépendance énergétique croissante.Externalisation des politiques publiques à McKinsey & co. ; privatisation d’EDF, affaiblissement d’Areva, dépendance au gaz/pétrole étrangers.
État fort, contre-pouvoirs intérieurs : RG, presse pluraliste, armée nationale autonome.Réseaux parallèles (Foccart, DGSE) utilisés pour protéger les intérêts français en Afrique.Suppression des RG (2008), affaiblissement de la presse (concentration Bolloré/Niel), militarisation sous normes OTAN.
Vision universaliste : coopération, non-alignement, refus de la “guerre froide binaire”.Ambiguïté : discours gaulliste mais pratique de l’influence et des coups tordus en Afrique.Rhétorique gaulliste utilisée comme écran, mais orientation pro-américaine et financiarisée.
France souveraine, rôle de “troisième voie” entre blocs.France “gendarme de l’Afrique”, garant des flux d’uranium, pétrole, bois.France affaiblie, divisée, endettée ; influence étrangère directe dans la rédaction des lois (UE, cabinets US).

  • Jacques Foccart, Journal de l’Élysée (1958–1969), Fayard/Jeune Afrique. → Carnets du conseiller de De Gaulle.
  • François-Xavier Verschave, La Françafrique. Le plus long scandale de la République (1998). → Démontage des réseaux.
  • Pierre Péan, Affaires africaines (1983) et Manipulations africaines (2001).
  • Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir (1970). → La vision souverainiste du Général.
  • François Denord, Le néolibéralisme à la française (2007). → Comment les élites ont basculé dans le modèle anglo-saxon.
  • Patrick Weil, De la France souveraine à la France vassale ? (articles, 2010s).
  • Frédéric Charillon, La politique étrangère de la France (2011).
  • Caroline Michel-Aguirre, Les infiltrés. Comment les cabinets de conseil ont pris le pouvoir (2022).
  • Matthieu Aron & Caroline Michel-Aguirre, Les Fossoyeurs (2022) – sur Orpea, mais bon parallèle avec capture de l’État.
  • Rapports de la Cour des comptes sur la dette et les privatisations.