Compagnonnage

Compagnonnage et grandes écoles : deux faces d’un même élitisme

Définition

Le compagnonnage et les grandes écoles représentent deux systèmes d’excellence à la française. Tous deux valorisent la transmission, l’élitisme et l’entre-soi. Mais derrière cette façade de prestige, ils partagent aussi une même limite : en fermant l’accès, ils fragilisent l’innovation et l’économie nationale.


1. Le modèle des grandes écoles

  • Origine : héritage napoléonien, destiné à former une élite technique pour servir l’État.
  • Fonctionnement : concours exigeants, cooptation par les réseaux d’anciens, accès direct aux grands corps de l’État et aux directions de multinationales.
  • Conséquence : une technocratie puissante mais souvent déconnectée du terrain, qui privilégie les grands contrats publics au détriment des petites entreprises et des innovateurs indépendants.

2. Le modèle compagnonique

  • Origine : traditions médiévales de métiers (charpente, taille de pierre, vitrail, menuiserie, etc.).
  • Fonctionnement : transmission par le voyage et le rite, reconnaissance par les pairs, forte dimension symbolique et religieuse.
  • Conséquence : certains métiers sont captés par les compagnons, créant un monopole symbolique sur les grands chantiers. Les artisans non affiliés sont marginalisés, bien que parfois plus innovants.

3. Le biais religieux et traditionnel

  • Dans les grandes écoles : la culture élitiste s’appuie sur une morale républicaine quasi-sacrée, héritée de l’esprit militaire et jésuite.
  • Dans le compagnonnage : la religion, la hiérarchie symbolique et l’“initiation” renforcent le caractère exclusif.
  • Dans les deux cas, la tradition devient un vernis de légitimité qui justifie l’entre-soi et bloque l’ouverture.

4. Les effets conjoints sur l’économie

  • Accès limité aux ressources : privatisation des forêts et concessions minières côté État ; privatisation symbolique des métiers côté compagnons.
  • Élimination des outsiders : les PME et artisans indépendants perdent l’accès aux marchés.
  • Perte d’innovation : les systèmes fermés favorisent la reproduction des élites plutôt que l’intégration de nouvelles idées.
  • Appauvrissement global : les richesses se concentrent dans des cercles restreints, tandis que le tissu productif local s’affaiblit.

5. Conclusion

Compagnonnage et grandes écoles, bien que différents, fonctionnent comme deux faces d’un même élitisme : l’un artisanal, l’autre technocratique. Leur exclusivité contribue à la fracture sociale et économique française. Derrière le prestige, ils participent à une perte de souveraineté, car l’innovation et la valeur fuient vers d’autres pays plus ouverts et plus pragmatiques.